Les petits calculs du « Grand Poitiers »

Posted: décembre 24th, 2012 | Author: | Filed under: élites, patrons & gouvernants, Poitiers, travail, chômage, économie, Université, Urbanisme/aménagements du territoire | No Comments »

Alors que des représentants du MEDEF n’arrêtent pas de se plaindre de l’arrivée du PS au pouvoir, sous prétexte que la gôche n’aime pas les riches, que la gôche n’aime pas les entreprises, il est intéressant de jeter un œil au plan local d’urbanisme du Grand Poitiers, géré par la communauté de communes tenue par une majorité PS depuis des années. On peut d’ailleurs lire sur le site internet de la mairie de Poitiers que « Grand Poitiers a décroché la 1ère place des agglomérations de moins de 150 000 habitants au palmarès des villes d’affaires publié par le magazine l’Entreprise en 2009 dans l’accompagnement à la création d’entreprise ». Belle preuve de la haine «socialiste» du monde de l’entreprise et de l’intoxication médiatique du MEDEF.

Une plaquette de présentation du « Grand Poitiers » de huit pages destinée aux entrepreneurs, intitulée « Comment Grand Poitiers fait grandir votre entreprise ? », dévoile un certain nombre de stratégies de ce projet.

De la fierté de l’industrie militaire

Cette plaquette invite les entrepreneurs à rejoindre les rangs des réussites « made in Poitiers » au nom de la stimulation de la créativité. La réussite « made in Poitiers », voilà une affirmation qui invite à la réflexion. De quelle production du terroir Poitiers peut-il diable se vanter ? La réponse est fournie avec la plaquette, à travers quelques exemples.

« Sagem (groupe Safran) [qui] applique l’optronique [1] à la défense nationale ». En d’autres termes, des lunettes de tir infrarouge et à intensification lumineuse, des lunettes pour des tirs de précision qui équipent des Famas, les jumelles infrarouges multifonctions [2] et la caméra du casque sont toutes fabriquées à Saint-Benoit ;

« Dassault produit les verrières des avions militaires », ce qui avait d’ailleurs permis au Président de l’UMP de la Vienne et conseiller régional, Olivier Chartier, de se réjouir en février dernier du projet d’achat par l’Inde de 126 avions Rafale  : « Dans un contexte économique très difficile, l’annonce par l’Inde de négociations exclusives avec l’avionneur français « Dassault » est non seulement une très bonne nouvelle pour l’emploi en France mais aussi pour l’emploi dans la Vienne puisqu’une partie de ce fabuleux « chasseur » est produite sur le site de Biard. [3] »;

« Saft développe sa stratégie dans le domaine des batteries au lithium pour l’aérospatiale », mais aussi dans l’armement pour la conception de missiles…

Toutes ces entreprises de mort sont la gloire de « l’incubateur régional » : le technopôle de renommée mondiale du Futuroscope!

Après le dynamisme régional mis en avant lors de la construction du centre pénitentiaire de Vivonne, voilà ce qui doit faire sans vergogne la fierté de l’économie poitevine: l’industrie militaire. Nous voilà donc bien embarqué.

Le tout en faisant la promotion du rapprochement entre université et monde de l’entreprise : « Le territoire compte une Université dont le prestige est un facteur prépondérant d’attractivité du territoire. Les collaborations avec l’Université et l’Incubateur Régional Etincel ont été sources de rapprochements avec les milieux économiques et génératrices d’activités nouvelles et innovantes ».

Créer et accumuler de la valeur par la créativité

Lieu d’innovation par essence (notamment à travers la recherche), voici ainsi venir l’université au service de l’entreprise, ou de manière concrète et en actes, l’application de ce qui fut dénoncé lors des derniers mouvements universitaires, en particulier lors de ceux engagés contre la LRU (une loi qui était déjà défendue à l’époque par le député-maire Claeys).

L’objectif avoué de Grand Poitiers c’est de « créer de la richesse et développer l’emploi sur le territoire », en d’autres termes accumuler de la richesse selon les règles élémentaires du capitalisme, et cela à n’importe quel prix, même s’il faut en passer par la réalisation de grands projets inutiles et qui de plus sont des gouffres économiques tels que la LGV (voir l’article à ce sujet). Poitiers s’invite dans la compétition internationale entre métropoles : « Bénéficiant de nombreux axes de communication (réseau ferré Lille-Europe…), Grand Poitiers entend capitaliser sur sa situation géographique ainsi que sur l’excellence de ses formations pour attirer de nouveaux investissements ».

Sans surprise, la catégorie de population visée par ces investissements économiques pour le réaménagement urbain est la « classe créative et innovante » : nouveaux cadres, ingénieurs, artistes, bobos, …

Ce phénomène est basé sur une théorie partant du postulat que « la créativité est devenue la principale force motrice de la croissance et du développement des villes, des régions et des nations » [4]. Ainsi, pour retrouver une attractivité économique florissante les métropoles doivent devenir des « creative cities », et pour cela convaincre les acteurs de la « creative class » de s’y installer. Les groupes de population dit « non-créatifs » sont alors déplacés de leurs environnements familiers et des nouveaux groupes de citoyens « créatifs » sont importés pour servir de modèles. Chaque quartier peut donc être considéré comme une source potentielle de créativité qui doit être exploitée au maximum.

« La métropole d’avant-garde se doit de fournir à ses sujets économiques d’élites de bonnes conditions psychiques. Elle se charge de les choyer, de leur fournir des loisirs de luxe […] juste baigner dans un doux climat où l’on se sent branché, proches des innovations culturelles » [5]. La construction du TAP (Théatre auditorium de Poitiers), l’usage récurrent du vocabulaire appartenant au champ lexical de l’innovation participent de cette logique.

Le T.A.P, Théâtre Auditorium de Poitiers

Cette « classe créative » fait donc l’objet d’une attention toute particulière dans l’entreprise de promotion de la communauté de communes pour faire accepter ces différents projets tous reliés entre eux. Tous les moyens sont alors mis en œuvre en faveur de la métropolisation, aux dépens des zones rurales et agricoles, et des populations précaires de Poitiers et ses alentours.

Les passerelles sont évidentes entre ces différents projets. Cœur d’agglo, Grand Poitiers, LGV… participent à une même logique, un même esprit : l’urbain et l’humain au service de l’économie et du profit.

En plus d’un chantage à l’emploi en amont, on nous vendra par la suite les bienfaits de cette accumulation de richesses par son réinvestissement dans la création d’emplois comme le veut la théorie néolibérale du ruissellement (si tant est que celle-ci ne soit pas stockée dans des paradis fiscaux bien évidemment…).

Quoi qu’il en soit, les grands profits qui seront générés par tous ces chantiers ne profiteront pas directement aux travailleurs, cela va de soi, mais bien aux dirigeants et aux industriels, investis dans le capitalisme et premiers visés par les questions de mobilité, de concurrence et de compétition. Urbanisme et profits n’ont jamais fait aussi bon ménage qu’en ce moment. Ce que mettent en relief Grand Poitiers et les travaux de la LGV s’est avant tout la lutte contre l’immobilité. Celles et ceux ne disposant pas du capital nécessaire pour se mouvoir dans les espaces de flux sont progressivement marginalisés puis criminalisés (ces deux processus étant parfois simultanés). Gare à ceux qui ne peuvent être mobiles, (ou qui y sont contraints parce qu’on ne veut pas d’eux comme les Rroms), car leur place n’est pas dans le centre des villes post-industrielles. Ces centres qui voient disparaitre chaque jour un peu plus ce qui leur donnait de la vie, « faisait du lien », où l’on est de plus en plus contraint de faire dans les endroits réservés ce pour quoi ils ont été pensés et conçus.

Le « socialisme » au service du capital, c’est maintenant… Et c’est déjà engagé depuis de nombreuses années (que les patrons dorment tranquilles), malgré tout ce que pourra en dire le MEDEF…

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1. Technique permettant de mettre en œuvre des équipements ou des systèmes utilisant à la fois l’optique et l’électronique. Elle associe généralement un capteur optique, un système de traitement d’images, un système d’affichage ou de mémorisation. (Source : Wikipedia).

2. Signe de la militarisation des forces de l’ordre, les jumelles infrarouges multifonctions dernière version (nommées « Vigilens »), équipent désormais la police et la gendarmerie. Sur cette militarisation voir le chapitre de Mathieu Rigouste : « La guerre à l’intérieur : la militarisation du contrôle des quartiers populaires » dans le livre dirigé par Laurent Mucchielli : « La frénésie sécuritaire. Retour à l’ordre et nouveau contrôle social ».

3. La Nouvelle République, 3 février 2012

4. D’après les mots de Richard Florida sociologue/géographe/consultant urbain (la liste pourrait encore être longue) à la mode. On lui doit ces concepts de « creative class » et de « creative city ». Il est le grand théoricien des pratiques de ré-aménagements urbains contemporaines. Il a reçu à ce titre des milliers de dollars de la part de la ville de Montréal juste pour affirmer que la métropole québécoise est « un des secrets les mieux gardés d’Amérique du Nord ».

5. « Z », Numéro 4, Automne 2010. http://www.zite.fr/-Numero-4Nantes-Automne-2010176-


Les mains sales de Vinci

Posted: février 14th, 2011 | Author: | Filed under: Poitiers, Université | No Comments »

Le groupe Vinci Construction est le leader mondial de construction et des services associés. Il est en charge de différents projets internationaux.

En Russie, Vinci est l’un des participants au projet de construction d’une autoroute privée qui doit relier Saint-Petersbourg à Moscou, détruisant l’écosystème de la forêt de Khimki. Pour briser la résistance des écologistes et d’autres activistes contre l’abattage de la forêt et disperser l’éco-camp qui s’était établi sur le site de l’exploitation forestière illégale, les entreprises constructrices ont fait appel à des milices néonazies, chargées sous l’œil bienveillant de la police complice de « faire la peau » aux opposants. Pendant que les milices tabassaient ces opposants au projet, la police a arrêté plusieurs militants – dont Alexey Gaskarov et Maxim Solopov, militants antifascistes, qui risquent sept ans de prison pour leur engagement politique.

Au Niger, l’action de Vinci en complicité avec l’Etat français est plus que flou : de l’exploitation des travailleurs nigériens aux complots visant à perpétuer le monopole des sociétés françaises sur ce territoire, et à maintenir l’occupation militaire française sur place, en passant par le pillage organisé de l’Afrique, Vinci, Areva et autres avancent masqués en Françafrique.

Plus près de nos contrées, Vinci a été retenue pour construire l’aéroport de Notre-Dame des Landes, destiné à accueillir des Concorde qui ne volent plus depuis des années.
Vinci construira et gérera, en partenariat avec la SNCF et RFF, la LGV Bordeaux-Paris, construira le futur viaduc qui passera au-dessus de la gare à Poitiers. Comme quoi, la fac mène à tous les débouchés : Vinci s’intéresse de très près à l’enseignement supérieur, ce qui constitue sûrement la meilleure des réponses à ceux qui prétendent que l’enseignement n’apporte aucune richesse (bien que les richesses que nous voulons tirer de l’éducation ne soient pas de cet ordre). En effet, à Poitiers, depuis 2009, le groupe s’investit dans la « Fondation Poitiers Université » aux côtés de 24 autres « partenaires » (entreprises privées, des collectivités territoriales, des particuliers et des organisations professionnelles). L’objectif est de « renforcer les liens avec le monde socio-économique », en intervenant autours de 5 thèmes : le rayonnement international, les compétences (adéquation formation-emploi), l’innovation, le soutien à l’étudiant, le développement durable (cf le superbe site internet de la fondation1).
Aussi, le ministère et l’université Paris Diderot-Paris 7 ont choisi de construire plusieurs bâtiments en ayant recours à un partenariat public privé (PPP). Pour faire simple, l’Etat désigne un « propriétaire » privé qui construit le bâtiment et le loue à l’université pendant une période de trente ans, au lieu de faire construire lui-même les bâtiments. Une fois cette période écoulée, l’université deviendra propriétaire. Le contrat final tourne autour de 273 millions d’euros pour la construction de deux bâtiments, et le projet de Vinci n’était ni celui qui correspondait le mieux aux projets de l’université ni le moins cher. Depuis, le projet a du plomb dans l’aile. Des problèmes de sécurité ont été constatés2, les permis de construire ont eu du mal à être obtenus (après avoir été refusés dans un premier temps, des recours ont été déposés, qui ont bloqué le processus). Enfin, Vinci a fini par virer l’architecte, qui contestait le projet (notamment sur la sécurité de telles constructions).
En termes de sécurité, on peut toujours faire confiance à Vinci : la multinationale a construit le terminal E de l’aéroport de Roissy, qui s’est effondré en faisant quatre morts, en 2004.

Voilà les personnes qui sont en charge désormais de l’Université, voilà ce que la privatisation apporte à l’Université.

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1. http://fondation.univ-poitiers.fr
2. Le Canard enchaîné du 14 avril 2010, « Vinci veut construire une fac aux planchers branlants ».


De l’université à l’aliénation

Posted: février 14th, 2011 | Author: | Filed under: Poitiers, Université | No Comments »

La mobilisation contre la LRU a été bien moins importante que celle contre le CPE ; les étudiants ont été quasi absents durant le conflit des retraites. A partir de ces deux observations, les réponses se trouvent dans la mutation lente mais continue de l’Université.

D’abord, la loi LRU (liberté et responsabilité des universités) adoptée en juillet 2007 peut se résumer très brièvement par deux axes : plus de pouvoir bureaucratique et administratif, et plus de dépendance envers les financements privés. Cette loi LRU découle d’une réunion à Bologne en 1999, et est basée sur un rapport rédigé par Claude Allègre et Jacques Attali qui leur avait été commandé un an auparavant. L’Université est donc placée sous deux diktats : le diktat administratif et le diktat du marché.
Aux aspirations d’autogestion et d’ouverture sur le monde ouvrier exprimées dans les années 60, l’Etat a répondu par « autonomie », et en 2007 par « liberté » et « responsabilité » (ce qui n’est que l’expression du franchissement d’une étape supplémentaire dans la soumission au marché). Daniel Bensaïd s’exprime en ce sens : « En 68, nous voulions l’ouverture sur la société au nom du nécessaire passage “de la critique de l’Université bourgeoise à la critique de la société capitaliste”. Avec la contre-réforme libérale et la détérioration des rapports de forces, cette ouverture à la vie est détournée en ouverture au marché. »
La réorganisation opérée par les lois successives (intensification du rythme d’étude, mise en concurrence…) ne vise que « l’assujettissement disciplinaire au marché du travail et la réduction de la condition étudiante au statut de précaire en formation1 ».
En 2004, le rapport « Education et formation » de l’UNICE (Union des confédérations industrielles et des entreprises européennes) exprimait ce que les patrons attendent de l’éducation : « Les employeurs pensent que l’on devrait accorder plus d’importance à la nécessité de développer l’esprit d’entreprise à tous les niveaux dans les systèmes d’éducation et de formation. C’est la condition préalable pour que les systèmes d’éducation et de formation contribuent à faire de l’économie la connaissance européenne la plus compétitive du monde. » L’éducation doit ainsi être partie prenante de la guerre économique mondiale que se livrent les trois grands pôles économiques : l’Union européenne, la Chine et les Etats-Unis.

D’un côté, les dirigeants politiques associent l’Université à la crise ; de l’autre, les étudiants s’en contentent bon an mal an. Bien sûr, la réaction estudiantine à cette nouvelle idée de l’Université existe. Elle s’est même exprimée durement en 2008 et 2009 (notamment à Poitiers avec l’occupation d’un amphi au milieu du campus pendant trois mois), mais sans trouver un enracinement construit, politique et durable. Si bien qu’aujourd’hui encore on pourrait croire « qu’il n’y a pas pour nous d’étudiant intéressant en tant qu’étudiant ; son présent et son avenir planifié sont également méprisables », comme l’affirmait Guy Debord en son temps2 .
En l’absence de conscience critique, la socialisation d’aliéné se transmet inévitablement.

A l’image de l’Université, son public aussi a  changé. Il n’est plus celui qu’a connu Debord. Si les étudiants des années 60 étaient peut-être des « petits-bourgeois », destinés à devenir les élites intellectuelles, avec les « phases de massification » successives, la population étudiante d’aujourd’hui est composite (ce qui ne permet pas d’en faire une classe à part entière). L’affirmation de Debord reste cependant en partie vraie : il n’y a pas d’étudiants intéressants en tant que tels, car ils ne se voient (pour beaucoup) que comme des futurs travailleurs, venus chercher à l’Université le « savoir » qui leur permettra de trouver un travail, et, qui sait ? monter dans la hiérarchie sociale. Leur avenir planifié est méprisable pour la même raison.

Avant, obtenir un diplôme, c’était obtenir l’assurance d’une intégration sur le marché du travail et dans la société capitaliste, traduisant l’acquisition de savoirs et de savoir-faire.
Maintenant, le diplôme traduit encore plus et de manière beaucoup plus directe la soumission aux nouvelles exigences économiques et sociales reproduisant la structure sociale, la division du travail (par l’enseignement de nouveaux savoirs, ou une orientation différente de ceux-ci).
L’Université d’aujourd’hui, à l’image des crédits européens ECTS, et à l’image de ce que les décideurs publics envisagent pour l’école en général, est une Université modulable, à la carte. Conséquence d’une gestion managériale, on cherche dorénavant à apprendre par « compétences » (traduction du terme bureaucrato-universitaire de « valider une unité d’enseignement »). Si la notation disparaît peu à peu des écoles primaires, c’est au profit des grilles de compétences, assurant une reproduction bien établie de la hiérarchie sociale qui règne (qui décidera des compétences qu’il est bon de maîtriser, au nom de qui, pourquoi, et pour quelle société ??).

Aux antipodes de leur « projet », c’est un combat offensif qu’il faut mener. Un combat pour une Université développant des savoirs critiques sur l’organisation de la société (tant celle que nous subissons que celle que nous construirons).

Pourquoi se contenter de vouloir sauver l’Université ou sauver la recherche, quand la meilleure des réponses est la destruction de la hiérarchie partout où elle se trouve? Pensons plutôt l’Université en dehors des rapports de production capitaliste.

Arrêtons de croire à la promotion sociale par le travail, l’école ou la culture. Gérons tout nous-mêmes !
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1. Judith Carreras, Carlos Sevilla, Miguel Urban, €uro-Universidad. Mytho y realidad del proceso de Bologna, Icaria, Madrid, 2006.
2. Guy Debord, Œuvres, Quarto, Gallimard, 2006, p. 733.


Comportement de la présidence de la fac à l’encontre des prémices d’un mouvement étudiant

Posted: février 14th, 2011 | Author: | Filed under: Occupation, Poitiers, Retraites, Université | No Comments »

–          Fermeture de l’amphi J, pour y empêcher toute AG, et autres initiatives… L’okupation de l’amphi J courant 2008/2009 (mouvement étudiant anti-LRU) est encore dans les mémoires, et en particulier dans celle de la présidence (trois mois d’okupation,  aucun dialogue possible entre les okupantEs et les représentants de la fac, tags, cassage des pubs du campus, cassage du DAB de la fac, interpellations sur le campus, 25 000 euros de dégâts dans l’amphi dont le vol de l’ensemble du matos informatique sono…)
–          La présidence ne veut pas céder d’amphi pour des AG, ou balade la coordination d’UFR en UFR afin de parasiter toute AG ! (La coordination étudiante joue son jeu, et ne veut surtout pas prendre un amphi de force !)
Les lycéenNEs, eux, ne s’en privent pas un matin, arrivant à 1 000 sur la campus ; prise de l’amphi 800 (suite au blocage par les flics de l’amphi J) pour une AG ; la police entrera dans l’amphi pour filmer, ils seront « priés » de dégager ! (Aucun mot de la présidence sur cet événement.)
–          Suite à cela, occupation de la présidence par une quarantaine d’étudiantEs, à la fin d’une manif syndicale, réclamant des comptes sur cette intrusion policière au sein de la fac, et protestant contre le vote électronique mis en place par la présidence, remettant en cause le vote du blocage de la fac ! La police est là en nombre, la discussion stérile entre les étudiantEs et les représentants dure deux bonnes heures (interrompues par l’alarme à incendie) ; la présidence somme les étudiantes de partir d’eux-mêmes sinon ils se verront dans la nécessité de demander l’intervention policière pour libérer les locaux ! Les étudiants ne prennent pas le risque, tout le monde part ! Puis la décision est prise de faire une coordination au sein de la fac, mais la police en nombre bloque l’accès à la fac durant quarante-cinq minutes, et cela à la demande de la présidence !
–          Le 20 octobre, des étudiants antibloqueurs brisent la vitre d’une porte coulissante de la fac de droit afin de pouvoir assister à leurs cours, et tout cela sous les vifs encouragements de Mme Lambert, la vice-présidente de l’université : « Vous êtes 500, ils sont 50, ils veulent le rapport de forces, donc allez-y ! »
Cette même Mme Lambert qui quelques jours auparavant avait d’elle-même forcé les barrages de la fac de droit, déblayant chaises et tables à l’aide de ses protégéEs antibloqueurs, agressant même un étudiant.
–          Nouvelle tentative d’okupation de la présidence par une cinquantaine d’étudiantEs, suite à une manif sauvage (blocage carrefours/rond-points…), encadrement policier assez important !Cette fois la présidence a fermé l’ensemble de ses locaux, allant même jusqu’à baisser les volets de toutes les fenêtres du rez-de-chaussée…
–          Intervention en surnombre des forces de police (trentaine de flics dont J.-F. Papineau vs 40 étudiantEs) pour évacuer le bâtiment de Malraux (UFR quasiment plus utilisée!) Intervention demandée par la présidence dans son ensemble !


Une occupation mort-née…

Posted: février 14th, 2011 | Author: | Filed under: Occupation, Poitiers, Retraites, Université | No Comments »

Il est 15 heures ce jeudi… quand une petite cinquantaine de personnes (étudiants, lycéens…, rien du tout) se rassemblent pdm, dans le but d’occuper Malraux (bâtiment de l’univ de Poitiers quasi inoccupé depuis ce début d’année scolaire) ! Certains sont là sachant ce qui va se passer et d’autres non ! Les gens attendent, boivent des bières, se regardent, attendent le lancement de l’occupation ! Cette attente se déroule dans une apathie collective ! La police est là, elle observe et elle aussi attend !
Au bout d’une bonne demi-heure, les gens se lèvent et suivent une ou deux personnes qui ont pris la décision d’y aller et de ne pas continuer à attendre éperdument ! La police suit mais ne cherche pas à intervenir, elle observe et attend et ne bloque pas l’accès au bâtiment.
Une fois à l’intérieur, ces « squateurEUSEs » restent, dans l’ensemble, dans cette apathie ressentie quelques minutes auparavant lors du rassemblement ! CertainEs s’affairent à bloquer les issues de secours et les entrées (permettant ainsi de ne laisser qu’un seul accès au bâtiment), d’autres visitent les salles, les sous-sols… cassent certaines portes fermées par l’administration à la hâte ! Des banderoles sont déployées du toit « Flics hors des facs, fuck les keufs » « La retraite à 20 ans, pour baiser il faut du temps » « Blocage, grève générale » « Lieu occupé » ! Un infokiosk est installé, un free-shop est mis en place!
Enfin une réunion est organisée pour discuter des modalités de l’occupation, et s’organiser (bouffe, blocage…), nous aurions pu espérer que cette discussion apporte une dynamique, une force à cette okupation ; mais il n’en est rien ! Il est décidé de laisser les peu de cours se déroulant au sein du bâtiment, de laisser l’ensemble de l’administration avoir accès au bâtiment (secrétaire, concierge…), de n’offrir aucune résistance à une intervention policière (aucune réflexion sur le fait  de « négocier » avec la police de ne pas être contrôlé,  filmé, pris en photo…) !
Les divergences de positions politiques, qui pouvaient se révéler carrément antagonistes, ont entraîné ces décisions (manque d’envie, sûrement pas la motiv de s’épuiser éperdument) !
En effet certains sont là pour créer un lieu de lutte, de rencontre, de fête, de réflexion… Un lieu vivant et non pas moribond auquel cette occup était condamnée depuis le début, un lieu où des gens (syndicalistes, précaires, chômeurs, lycéens… rien du tout…) auraient pu passer afin de s’organiser, de dépasser les cadres de lutte imposés par « le mouvement » dit des retraites… même si cela aurait sûrement été temporaire, cette okupation aurait pu être intense, insuffler une force, des envies nouvelles à pas mal de personnes !
Tandis que d’autres pensent à faire des ateliers peinture, théâtre… et sûrement pour travailler leurs cours afin de réussir leurs partiels, comme on a pu le voir dans le hall pendant « l’occup » ! Se  « battre » pour des miettes ou pour se donner bonne conscience de gôche tout simplement.
Cette divergence émane réellement d’une question de pratiques et de moyens mis en place dans des perspectives (court terme, long terme…) bien différentes ; c’est pour cela que nous ne pourrons jamais être en accord, et faire un front commun avec une partie « des okupantes » de Malraux !
Bref. Cette réunion tourne en rond et dans un seul sens, certains « commencent » à penser que cette occupation est déjà morte ou l’a toujours été (et ne cherchent réellement plus à s’y « investir ») !
L’arrivée de la délégation de la présidence  déstabilise une bonne partie des occupantEs, la menace de l’arrivée de la police met la pression sur certainEs personnes qui avaient oublié qu’une occupation est une action qui doit se dérouler dans un rapport de forces. Résister à la pression de la présidence et à l’évacuation policière sont des pratiques à concevoir et à établir le plus rapidement possible, et en effet cela n’avait nullement été réfléchi ou préparé ; bloquer solidement l’entrée principale, se réfugier sur le toit lors de l’interv policière aurait pu être des techniques tout à fait concevables et n’entraînant aucun risque judiciaire pour les occupantEs !!
Il est quand même décidé de rester la nuit à Malraux, la bouffe se lance ! Mais à 21 heures la police intervient (environ 8 bagnoles sans compter la caisse des barbouzes garée depuis quatre bonnes heures devant le bâtiment)  =} environ 40 flics, vilci et uniformes, J.-F. Papineau (écharpé en tricolore)…  Ça filme, ça contrôle tout le monde, ça fait tout le tour du bâtiment (grosso merdo)…les sacs et la tambouille sont rendus ; pour ce qui est du freeshop il restera entre les mains des uniformes bleus; mais l’infokiosk a réussi à être sorti assez rapidement lors de l’intervention des keufs !(2, 3 personnes ont tout de même réussi à échapper au contrôle des keufs !).
Les flics sont tranquilles, ils savent qu’ils agissent au sein de l’Université (qu’ils ont affaire en majeure partie à des étudiants), de plus la présidence a dû veiller à ce que l’intervention se passe dans le calme ; en effet, faire intervenir la police au sein de l’université n’est pas chose facile pour une présidence qui cherche et se bat constamment pour soigner l’image de sa fac ; alors; si cela doit provoquer des débordements; ça risque de faire pas mal de vagues dans le milieu universitaire (ou pas) (cf. communiqué de presse sur « l’okup ») !
Petite anecdote, le lendemain de l’expulsion de « l’okup », qui est invité à se rendre à l’inauguration et l’ouverture officielle de l’hôtel Fumé (bâtiment de la fac rénové et réouvert cette année), en compagnie de la présidence de la fac, de Ségo, le maire Cœur d’agglo… ? Notre cher Jean-François Papineau !
Cette okupation n’apporta pas l’effet escompté par certainEs, bien loin de ce que ces derniers/dernières avaient pu vivre deux ans auparavant lors de l’okupation de l’amphi J (bâtiment de la fac) pendant un peu plus de trois mois, pendant le mouvement anti-LRU de 2008. Où un lieu de vie avait réellement vu le jour, où des rencontres et des affinités avaient pu être possibles ! L’époque où le campus avait été tagué, ses pubs éradiquées, le dab détruit… Puis évacué suite à l’interpel de 3 okupants (après un cassage de pubs, incendie de poubelle, violence sur keufs, et bris de vitre d’une banque)… 25 000 euros de dégâts au sein de l’amphi aux frais de l’université ! Cette okupation de 2008/2009, et le fait que la fac de Poitiers soit l’une des premières de France à devenir propriétaire de ses murs à partir de 2011/2012, a sûrement incité la présidence à changer de comportement à l’encontre de tout mouvement étudiant (cf. l’article sur l’évolution du comportement de la présidence) !

Okupons-la, trashons-la ta fac GESSON !