La prison tue

Posted: janvier 13th, 2013 | Author: | Filed under: contrôle, répression, prison, Enfermements/prisons/psychiatrie, Poitiers | No Comments »

A l’image de notre ville bonhomme, la prison de la Pierre-Levée s’est fait une petite beauté. Mise en service en 1898 et vidée de ses derniers locataires en 2009, ses murs suintant la solitude et la douleur ont eu bien besoin d’un petit lifting pour accueillir ses nouveaux hôtes. En effet l’ancienne maison d’arrêt de Poitiers est dorénavant un centre de détention pour les peines aménagées et les peines en semi-liberté ; l’enceinte accueillera aussi le SPIP [1]. La grande et lourde porte d’entrée a été remplacé par une grille, une partie du mur d’enceinte a été détruite et remplacée par un grillage… Selon les dires de la NR [2] « Toutes ces transformations témoignent de la part de l’administration pénitentiaire d’une volonté d’ouverture du site vers l’extérieur », c’est les taulards qui vont être content d’avoir une vue directe sur le Domino’s pizza du coin à travers leurs tout nouveaux barreaux. Actuellement Poitiers change son image et voulait en finir avec cette prison austère, et lugubre, dorénavant la bonhommie poitevine s’exporte même en taule, il fait vraiment bon vivre à Grand Poitiers.

Malheureusement à quelques kilomètres de là – au sein du flamboyant centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne, ouvert depuis 3 ans et déjà surpeuplé (avec un taux d’occupation atteignant les 120%) – des gens meurent.

Le mardi 2 octobre 2012, un homme s’est pendu dans sa cellule, il ne cessait de se plaindre et de crier haut et fort qu’il allait se foutre en l’air. Cette « belle A.P. [3] » mise en valeur par la NR n’a rien trouvé de mieux à faire que de le laisser crever de désespoir dans sa geôle.

Dans la nuit du jeudi 11 au vendredi 12 octobre 2012, un homme a tenté de se suicider en se tailladant les veines, il a ensuite foutu le feu à sa cellule. Il s’en est sorti et devra expliquer son geste devant la justice, il sera surement condamner à verser la somme des réparations de sa cellule.

Journaleux, psychiatres, responsables de l’AP mettent en évidence différentes causes : alcoolisme, fragilité psychologique, premier séjour en prison, … Ils oublient que la cause réelle de ces suicides en prison est la taule en elle-même, oui la prison tue et même dans notre ville bonhomme…

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1. Services pénitentiaires d’insertion et de probation

2. La Nouvelle République

3. Administration pénitentiaire

Pour passer des messages de solidarité aux prisonniers de la maison d’arrêt de Niort et au centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne :

L’émission animée par le CRI, est diffusée sur Radio Accords le jeudi soir de 19 heures à 20 heures.

Pendant l’émission, téléphonez  au 05 49 60 63 63.


Quand ça déborde enfin…

Posted: décembre 18th, 2012 | Author: | Filed under: contrôle, répression, prison, Expulsion, luttes des sans-papier-e-s, Migration, Poitiers, Police, Politiques migratoires/migrants & sans-papiers, sans frontières, sans-papiers, (im)migrations | 1 Comment »

En mars dernier, Kevin était arrêté et immédiatement placé en centre de rétention. Une agitation, inhabituelle à Poitiers, s’en est suivie. Elle s’est conclue avec la libération du lycéen. Retour sur un mois de combat.

Le 25 mars dernier, lors d’une partie de foot à Saint-Éloi, un quartier populaire de Poitiers, une patrouille vient contrôler l’identité d’un des joueurs et l’embarque. Ce garçon c’est Kevin, un lycéen de 19 ans, scolarisé en terminale Bac Professionnel Hôtellerie au lycée Kyoto de Poitiers. Si la Police l’embarque et le fait enfermer au Centre de Rétention Administrative (CRA) du Mesnil-Amelot (77), c’est parce que Kevin, est de nationalité congolaise et sans-papier. En effet, en vertu des législations (anti)migratoires successives promulguées par le pouvoir politique français depuis quarante ans, ce jeune homme, vivant en France avec sa famille depuis 2006, est tenu en situation irrégulière par la bureaucratie préfectorale. Celle-ci, s’appuyant sur le passé judiciaire de Kevin, prétexte une « intégration insuffisante » de sa part et refuse de lui délivrer un « titre de séjour »¹. Très vite, les proches, les personnels, profs et élèves du lycée ainsi que les militant-e-s et les non-affilié-e-s, s’organisent pour obtenir la libération de Kevin : pétitions, rassemblements, manifs sauvages² ont lieu. Une affiche³ invitant à la solidarité avec Kevin et à une offensive contre les frontières est également placardée dans le centre-ville.

Affiche de solidaité avec Kevin

3. Affiche de solidaité avec Kevin

La presse locale fidèle à sa doctrine marchande de « neutralité » relaye la lutte, ainsi que le vomi verbal du secrétaire général de la préfecture d’alors, Jean-Philippe Setbon, (depuis remplacé par Yves Seguy) sorte de sous-Eric Zemmour tant par l’emballage que par le contenu. Un des journaleux va même jusqu’à féliciter le travail de pacification mené lors de la première manifestation par deux militants d’extrême-gauche qui pensaient naïvement pouvoir canaliser les ardeurs de jeunes prolétaires en colère. Les efforts de ces valeureux militant-e-s anticapitalistes s’avèrent inutiles car personne, à part les keufs, ne semble souhaiter une confrontation. Ces derniers attendaient pourtant tranquillement la fin de la manifestation pour arrêter deux personnes. On a également pu voir une autre facette du maintien de l’Ordre à la française : un bus, rempli de jeunes manifestant-e-s quittant la place du marché en direction de Saint-Éloi, suivi par une voiture remplie de BACeux, dont l’un brandit son lance-grenade lacrymogène par la vitre ouverte.

Kevin lui, reste en contact avec ses proches par l’intermédiaire de son téléphone portable et a donc vent de l’agitation que la perspective de son expulsion vers le Congo (où son père a été tué car il s’opposait au pouvoir politique) provoque à Poitiers. Peut-être cela explique en partie que le 19 avril 2012, alors que des policiers le maintiennent contre son gré dans un avion de ligne à destination de Kinshasa, il se débat et hurle qu’il n’a pas à être renvoyé au Congo, surtout pas à deux mois du bac. Des passagers du même vol, prévenu-e-s à l’aéroport par des membres du Réseau Éducation Sans Frontières (RESF) se lèvent alors, empêchant de fait le décollage de l’appareil. Et ce malgré les menaces des porcs de la Police Aux Frontières (PAF) puis des CRS, qui filment les passagers debout pour les intimider. Au bout de deux heures, l’avion décolle finalement sans Kevin à bord, qui est libéré par le Juge des Libertés et de la Détention (JLD) le lendemain. Un passager est également débarqué de l’appareil par la Police qui lui reproche une rébellion.

Ce que nous souhaitons retenir de tout ça, c’est que contrairement aux précédentes tentatives d’expulsion, la défense de Kévin a été organisée rapidement et par de multiples forces (lycée, associations, partis d’extrême-gauche, anarchistes et autres), que certain-e-s engagé-e-s dans cette défense n’ont pas hésité à sortir des cadres habituels de la défense des sans-papiers à la pictave, très certainement par méconnaissance des-dits cadres. Ainsi le tempo impulsé par les jeunes de Saint-Éloi (que les militant-e-s habituel-le-s n’ont pu que suivre, non sans mal) lors de la première manifestation a fait son petit effet médiatique et a contribué à faire parler de la situation de Kévin. Cette manif’ – composée, c’est assez rare pour être signalé, de 400 personnes – n’est pas passée inaperçue, tant par sa durée, son trajet assez long et plutôt spontané et sa vitesse très soutenue, que par son niveau sonore. Les autres manifestations, plus calmes et reprises en main par une présence policière plus forte et plus agressive et par la frange la plus citoyenne des collectifs de défense des sans-papiers n’ont pas eu le même écho même si elles ont contribué elles aussi à montrer que cette violence d’État créait du désordre, et qu’il était préférable de libérer Kévin afin de rétablir une certaine paix sociale dans les rues piétonnes de notre ville « bonhomme ». Nous supposons que ce mouvement de soutien a joué sur la motivation de Kevin à ne pas se laisser embarquer de force vers le Congo et qu’il peut servir localement comme un précédent de résistance «victorieuse» à l’expulsion du territoire. Le travail des militant-e-s du RESF ici comme en région parisienne a aussi très certainement contribué à faire se lever (littéralement) les passagers du vol vers Kinshasa contre une certaine politique migratoire française et ce sous une pression policière étouffante. Pour nous, même si on ne peut parler de recette miracle, il semble que cet agencement de diverses pratiques très complémentaires de lutte puisse porter ses fruits. Une leçon à méditer ?

 

1. Le « titre de séjour » bien que ressemblant à la carte nationale d’identité (héritage pétainiste), permet un contrôle encore plus accru des populations qu’il concerne. Il est temporaire et délivré au compte-goutte bien souvent au bon vouloir et à l’arbitraire des préfectures. Une personne n’ayant plus de titre de séjour valide devient « sans-papier », est considérée « en situation irrégulière », à la merci d’une expulsion du territoire, ne bénéficie plus des prestations sociales mais peut toujours cotiser et payer l’impôt, ça y a pas de problème… Autant dire le profil bas est de rigueur pour obtenir et conserver le précieux sésame.

2. Le compromis tacite actuellement en vigueur à Poitiers entre la Police et les militant-e-s est assez pacifié : la Police laisse les manifestations non-déclarées en préfecture se dérouler, et les accompagnent, dans la mesure où elles ne sortent pas de la promenade où on crie un peu.

 

Les suites de « l’affaire de l’affiche noire »

Dans nos dernières brèves du désordre (voir l’Épine noire n°1), nous relayions une initiative de solidarité avec les sans-papiers, à savoir un collage d’affiches incitant la population pictave à se débarrasser du préfet et de son secrétaire général d’alors (tous deux aujourd’hui remplacés par d’autres) plutôt que de laisser les immigré-e-s être chassé-e-s par le pouvoir politique. Il semble que la maison poulaga ait peu goûté cette initiative, puisqu’elle a, en janvier dernier, auditionné une personne qu’elle soupçonnait être l’auteur de l’affiche. Affaire à suivre…?

 


Toutes et tous à Notre-Dame-des-Landes le 17 novembre!

Posted: novembre 6th, 2012 | Author: | Filed under: écologie, anti-nucléaire, agriculture, ressources naturelles, contrôle, répression, prison, Ecologie - nucléaire - alternatives, Environnement et écologie, Expulsion, Manifestations et rassemblements, Occupation | Tags: | No Comments »

Manifestation de réoccupation NDDL le 17 novembre


The Patrouilleurs, police partout…

Posted: janvier 17th, 2012 | Author: | Filed under: contrôle, répression, prison, Police | No Comments »

Ça n’aura échappé à personne, surtout pas aux habitants de Poitiers, Mantes, Nice et Strasbourg : leur ville a fait la une de l’actu avec l’« entrée en action », le 9 mai, des « patrouilleurs » annoncés par le ministre de l’Intérieur Guéant, qui avait annoncé la création de ces unités de police en avril. Pas de temps à perdre, donc : « Il faut lutter contre la délinquance, la criminalité, les faire reculer et créer un climat, une ambiance de sécurité », d’après ses termes. Apparemment, le flot de lois et mesures liberticides diverses de ces dernières années ne leur suffit pas (en faire la liste ici serait superflu). En fait, ça devient un rituel, dès qu’un nouveau larron arrive au ministère de l’Intérieur, il faut qu’il crée son unité spéciale. En réalité, cette pratique existe dans les autres ministères aussi : si un ministre ne sort pas une loi à son nom, il tombe dans l’oubli. Et l’oubli, en « politique », c’est la mort. Pour montrer qu’on est passé au ministère de l’Intérieur, qu’on a servi la France, il faut créer son escadron.
En 2008, Alliot-Marie crée les UTEQ (unités territoriales de quartier) avec leur caractère de proximité comme argument. Le 17 août 2010, Hortefeux sonne le glas des UTEQ. Place désormais aux brigades spécialisées de terrain (BST). Un nom qui claque, fini la plaisanterie. En réalité, ce n’est jamais qu’un coup de com’ de plus, peu après les émeutes à La Villeneuve, à Grenoble. Aujourd’hui, place aux « patrouilleurs » – l’ordre version Guéant. Effet d’annonce une fois de plus. Différence avec la flicaille traditionnelle ? Aucune. Leur mission ? « Observer et écouter, se renseigner, interpeller. »
Mais pourquoi avoir choisi Poitiers ? A vrai dire, la question n’est pas abordée. Mais quand on la pose, la réponse paraît tellement vide de sens que l’on peut juste en conclure que les vraies raisons nous dépassent tous. C’est vrai qu’avec Cœur d’Agglo Poitiers se refait une « beauté ». Une bonne occasion de donner à la ville une actu nationale pour en faire la promotion. La jonction entre urbanisme et police s’opère davantage encore du fait de la répartition par quartiers des effectifs. L’organisation de ces « patrouilleurs » est divisée en deux : « patrouilleurs de circonscription » et « patrouilleurs de secteur ». L’idée est de placer ces patrouilleurs de secteur de préférence sur tel ou tel quartier.
Mais, quelle soit à Poitiers ou ailleurs, la police reste la même. Elle matraque, parfois à mort. La vraie question à se poser concerne le rôle de la police – y compris celle de proximité, vantée par la gauche et que l’actuel gouvernement se défend de faire renaître.
Pourquoi une police de proximité ? Pour notre cher ennemi Papineau, parce qu’il faut « OPTIMISER la visibilité de la police [1]. » La police doit être partout, comme si on ne voyait déjà pas assez de bleus dans les rues de Poitiers (et d’ailleurs). Mais le gouvernement le répète sans cesse, il ne s’agit pas d’une « police de proximité ». Soit, mais même si les patrouilleurs étaient une police de proximité, on n’en voudrait pas non plus. La police de proximité est une police comme les autres. Les flics de proximité sont des rabatteurs d’information ; celles et ceux qui leur répondent rien de plus que des balances en puissance. Voilà comment les choses se passent : aller au contact de la population le jour pour recueillir des informations, pour que la BAC et autres brigades de choc puissent intervenir plus facilement la nuit ; et Papineau d’affirmer : « Dans ce dispositif [les patrouilleurs], l’investigation et la répression ne sont pas délaissées au profit de la prevention [2]. » Une bonne nouvelle pour Papineau donc…

[1] http://www.marianne2.fr/Patrouilleurs-Gueant-sort-des-flics-de-son-chapeau_a205835.html
[2] Cf le torchon gratuit de Poitiers, même bah bon pour allumer votre cheminée hivernale : « 7 à Poitiers » du 11 mai 2011