Remarques sur le mouvement contre la réforme des retraites à Poitiers

Posted: février 14th, 2011 | Author: | Filed under: Poitiers, Retraites | No Comments »

A établir une litanie d’actions et les mobilisations dans le département de la Vienne (voir chronologie) l’on pourrait croire à un déferlement d’un mouvement de masse prêt à en découdre avec le pouvoir en place. Évidemment la réalité est beaucoup plus complexe. Et ça n’est pas l’intersyndicale départementale, répondant à l’appel des centrales nationales pour battre le pavé, qui dira le contraire.
Les syndicats possèdent encore l’horloge, donc ils imposent le rythme des mobilisations et des manifestations. Celles-ci, comme dans l’hexagone furent dès le départ bien garnies (on avait plus connu ça depuis celles dites «du pouvoir d’achat» en Janvier/Mars 2009 ou celles contre le CPE) avec près de 30.000 personnes. Ces nombreuses personnes sont venues pour montrer leur hostilité à la réforme qui préconise le recul de l’âge de départ. Un ras-le-bol nourri également à cause de l’affaire Woerth-Bettencourt, et de l’attitude de Sarkozy bien évidemment (antisarkozysme quand tu nous tiens…)
Malgré ses velléités d’élargir le mouvement au plus grand nombre possible, l’intersyndicale fut assez fermée à d’autres personnes non-syndiquées, de fait elle fut donc verrouillé par les syndicats institutionnels (CGT, CFDT, FO etc.…) se méfiant comme souvent d’initiatives collectives et/ ou individuels qui naissent en dehors d’elle.

L’on peut tout de même souligner l’attitude du syndicat SUD qui au niveau local a eu la volonté de faire des «choses» en dehors d’une intersyndicale hermétique, en appelant a diverses actions de blocages économiques [1] , ce qui a eu pour conséquence , dans un premier temps de pouvoir agir avec les anarchistes et radicaux dans leur rapport à l’ action directe concrète et dans un second temps d’être l’objet d’un certain regain d’intérêts de nombreux retraités, salariés, chômeurs, précaires jeunes ou moins jeune a rejoindre le cortège de SUD lors des manifestations. SUD a toujours cette position particulièrement ambigüe : présente dans une intersyndicale hostile et en même temps avoir une caution de syndicat combatif en appelant a des actions plus «radicales». Celles-ci n’ont pas perturbé le cours normal de l’économie, car elles furent très souvent très symboliques.

Les manifestations poitevines avaient un caractère assez particulier, dans la mesure ou pas mal de personnes du milieu militant, associatifs se connaissent et se reconnaissent : ce qui donne lieu a une perte de l’anonymat à un « entre soi ». On vient en manif pour croiser son amie que l’on a pas vu depuis des années, son collègue qui a changé de syndicat ou bien les parents d’une personne que l’on peut pas blairer etc. Les manifestations furent très bon enfant, une attitude et une image chère à notre Maire A. Claeys : la bonhommie poitevine. Serait ce du à l’image de la composition socioprofessionnelle de la ville de Poitiers ? Possible que le caractère de classe moyenne supérieure en plus d’un assez important fonctionnariat très syndiqués et relativement assez protégés des aléas du sacro-saint marché y sont pour quelque chose. Par exemple, on peut noter qu’il n’y a pas eu de confrontation avec les flics, pas de tentatives d’action en manifestation, on se laissait trainer dans des marches assez ternes. Comme une absence, comme un oubli qu’il y avait sans doute des actions à faire qui marque une concrétisation d’une rage légitime face à un pouvoir et son mode de gestion de nos vies. De même les révolutionnaires et autres radicaux ont été entrainés également dans cette absence malgré des tentatives : la création d’une « assemblée populaire », d’une caisse de soutien à la grève générale qui ne reposait pas sur une réalité faite de dynamique dépassant les marges de manœuvres des syndicats.

Le mouvement ouvrier a été peu présent mis à part quelques exceptions [2]. On a seulement entendu les malheurs des travailleurs de «Buroform» pour lesquels il y a eu un rassemblement de solidarité devant la Mairie de Chauvigny.

On pourra noter l’absence du mouvement paysan local [3], par exemple, l’on n’a pas vu la confédération paysanne lors des rassemblements et des actions de ce mouvement contrairement à ce que l’on a vu pendant le mouvement anti-CPE où il y a eu des passerelles crées avec les jeunes lycéens/étudiants. Ces derniers ont été très peu présents lors des manifestations à part la frange militante en dépit l’agitation qui a eu dans leurs facultés et certains bahuts qui a été l’objet d’une répression particulière de la part des forces de l’ordre, et des plus hautes instances administratives de l’éducation (voir article).
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[1] : Un syndicaliste de SUD est poursuivi pour entrave à la circulation après une action de blocage économique de l’intersyndicale, juridiquement il risque deux ans de prison, une amande et le retrait de points de son permis.
[2] : En région, on peut parler du blocage du dépôt pétrolier Total de La Pallice (La Rochelle).
[3] : Mouvement paysan qui ces dernières années a lutté, mais seule, autour de leurs revenus ou bien la crise des producteurs de lait, etc.



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