{"id":28,"date":"2011-02-14T23:54:49","date_gmt":"2011-02-14T22:54:49","guid":{"rendered":"http:\/\/epinenoire.noblogs.org\/?p=28"},"modified":"2011-02-14T23:55:51","modified_gmt":"2011-02-14T22:55:51","slug":"de-luniversite-a-lalienation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/epinenoire.noblogs.org\/?p=28","title":{"rendered":"De l&rsquo;universit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ali\u00e9nation"},"content":{"rendered":"<p>La mobilisation contre la LRU a \u00e9t\u00e9 bien moins importante que celle contre le CPE ; les \u00e9tudiants ont \u00e9t\u00e9 quasi absents durant le conflit des retraites. A partir de ces deux observations, les r\u00e9ponses se trouvent dans la mutation lente mais continue de l&rsquo;Universit\u00e9.<\/p>\n<p>D&rsquo;abord, la loi LRU (libert\u00e9 et responsabilit\u00e9 des universit\u00e9s) adopt\u00e9e en juillet 2007 peut se r\u00e9sumer tr\u00e8s bri\u00e8vement par deux axes : plus de pouvoir bureaucratique et administratif, et plus de d\u00e9pendance envers les financements priv\u00e9s. Cette loi LRU d\u00e9coule d\u2019une r\u00e9union \u00e0 Bologne en 1999, et est bas\u00e9e sur un rapport r\u00e9dig\u00e9 par Claude All\u00e8gre et Jacques Attali qui leur avait \u00e9t\u00e9 command\u00e9 un an auparavant. L\u2019Universit\u00e9 est donc plac\u00e9e sous deux diktats : le diktat administratif et le diktat du march\u00e9.<br \/>\nAux aspirations d\u2019autogestion et d\u2019ouverture sur le monde ouvrier exprim\u00e9es dans les ann\u00e9es 60, l\u2019Etat a r\u00e9pondu par \u00ab autonomie \u00bb, et en 2007 par \u00ab libert\u00e9 \u00bb et \u00ab responsabilit\u00e9 \u00bb (ce qui n\u2019est que l\u2019expression du franchissement d\u2019une \u00e9tape suppl\u00e9mentaire dans la soumission au march\u00e9). Daniel Bensa\u00efd s\u2019exprime en ce sens : \u00ab En 68, nous voulions l\u2019ouverture sur la soci\u00e9t\u00e9 au nom du n\u00e9cessaire passage \u201cde la critique de l\u2019Universit\u00e9 bourgeoise \u00e0 la critique de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste\u201d. Avec la contre-r\u00e9forme lib\u00e9rale et la d\u00e9t\u00e9rioration des rapports de forces, cette ouverture \u00e0 la vie est d\u00e9tourn\u00e9e en ouverture au march\u00e9. \u00bb<br \/>\nLa r\u00e9organisation op\u00e9r\u00e9e par les lois successives (intensification du rythme d\u2019\u00e9tude, mise en concurrence\u2026) ne vise que \u00ab l\u2019assujettissement disciplinaire au march\u00e9 du travail et la r\u00e9duction de la condition \u00e9tudiante au statut de pr\u00e9caire en formation1 \u00bb.<br \/>\nEn 2004, le rapport \u00ab Education et formation \u00bb de l\u2019UNICE (Union des conf\u00e9d\u00e9rations industrielles et des entreprises europ\u00e9ennes) exprimait ce que les patrons attendent de l\u2019\u00e9ducation : \u00ab Les employeurs pensent que l\u2019on devrait accorder plus d\u2019importance \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9velopper l\u2019esprit d\u2019entreprise \u00e0 tous les niveaux dans les syst\u00e8mes d\u2019\u00e9ducation et de formation. C\u2019est la condition pr\u00e9alable pour que les syst\u00e8mes d\u2019\u00e9ducation et de formation contribuent \u00e0 faire de l\u2019\u00e9conomie la connaissance europ\u00e9enne la plus comp\u00e9titive du monde. \u00bb L\u2019\u00e9ducation doit ainsi \u00eatre partie prenante de la guerre \u00e9conomique mondiale que se livrent les trois grands p\u00f4les \u00e9conomiques : l\u2019Union europ\u00e9enne, la Chine et les Etats-Unis.<\/p>\n<p>D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les dirigeants politiques associent l&rsquo;Universit\u00e9 \u00e0 la crise ; de l&rsquo;autre, les \u00e9tudiants s&rsquo;en contentent bon an mal an. Bien s\u00fbr, la r\u00e9action estudiantine \u00e0 cette nouvelle id\u00e9e de l&rsquo;Universit\u00e9 existe. Elle s&rsquo;est m\u00eame exprim\u00e9e durement en 2008 et 2009 (notamment \u00e0 Poitiers avec l&rsquo;occupation d&rsquo;un amphi au milieu du campus pendant trois mois), mais sans trouver un enracinement construit, politique et durable. Si bien qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui encore on pourrait croire \u00ab qu&rsquo;il n\u2019y a pas pour nous d\u2019\u00e9tudiant int\u00e9ressant en tant qu\u2019\u00e9tudiant ; son pr\u00e9sent et son avenir planifi\u00e9 sont \u00e9galement m\u00e9prisables \u00bb, comme l\u2019affirmait Guy Debord en son temps2 .<br \/>\nEn l\u2019absence de conscience critique, la socialisation d\u2019ali\u00e9n\u00e9 se transmet in\u00e9vitablement.<\/p>\n<p>A l&rsquo;image de l&rsquo;Universit\u00e9, son public aussi a\u00a0 chang\u00e9. Il n\u2019est plus celui qu\u2019a connu Debord. Si les \u00e9tudiants des ann\u00e9es 60 \u00e9taient peut-\u00eatre des \u00ab petits-bourgeois \u00bb, destin\u00e9s \u00e0 devenir les \u00e9lites intellectuelles, avec les \u00ab phases de massification \u00bb successives, la population \u00e9tudiante d\u2019aujourd\u2019hui est composite (ce qui ne permet pas d\u2019en faire une classe \u00e0 part enti\u00e8re). L\u2019affirmation de Debord reste cependant en partie vraie : il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9tudiants int\u00e9ressants en tant que tels, car ils ne se voient (pour beaucoup) que comme des futurs travailleurs, venus chercher \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 le \u00ab savoir \u00bb qui leur permettra de trouver un travail, et, qui sait ? monter dans la hi\u00e9rarchie sociale. Leur avenir planifi\u00e9 est m\u00e9prisable pour la m\u00eame raison.<\/p>\n<p>Avant, obtenir un dipl\u00f4me, c\u2019\u00e9tait obtenir l\u2019assurance d\u2019une int\u00e9gration sur le march\u00e9 du travail et dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, traduisant l\u2019acquisition de savoirs et de savoir-faire.<br \/>\nMaintenant, le dipl\u00f4me traduit encore plus et de mani\u00e8re beaucoup plus directe la soumission aux nouvelles exigences \u00e9conomiques et sociales reproduisant la structure sociale, la division du travail (par l\u2019enseignement de nouveaux savoirs, ou une orientation diff\u00e9rente de ceux-ci).<br \/>\nL&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, \u00e0 l&rsquo;image des cr\u00e9dits europ\u00e9ens ECTS, et \u00e0 l&rsquo;image de ce que les d\u00e9cideurs publics envisagent pour l&rsquo;\u00e9cole en g\u00e9n\u00e9ral, est une Universit\u00e9 modulable, \u00e0 la carte. Cons\u00e9quence d&rsquo;une gestion manag\u00e9riale, on cherche dor\u00e9navant \u00e0 apprendre par \u00ab comp\u00e9tences \u00bb (traduction du terme bureaucrato-universitaire de \u00ab valider une unit\u00e9 d&rsquo;enseignement \u00bb). Si la notation dispara\u00eet peu \u00e0 peu des \u00e9coles primaires, c&rsquo;est au profit des grilles de comp\u00e9tences, assurant une reproduction bien \u00e9tablie de la hi\u00e9rarchie sociale qui r\u00e8gne (qui d\u00e9cidera des comp\u00e9tences qu&rsquo;il est bon de ma\u00eetriser, au nom de qui, pourquoi, et pour quelle soci\u00e9t\u00e9 ??).<\/p>\n<p>Aux antipodes de leur \u00ab projet \u00bb, c&rsquo;est un combat offensif qu&rsquo;il faut mener. Un combat pour une Universit\u00e9 d\u00e9veloppant des savoirs critiques sur l\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9 (tant celle que nous subissons que celle que nous construirons).<\/p>\n<p>Pourquoi se contenter de vouloir sauver l&rsquo;Universit\u00e9 ou sauver la recherche, quand la meilleure des r\u00e9ponses est la destruction de la hi\u00e9rarchie partout o\u00f9 elle se trouve? Pensons plut\u00f4t l\u2019Universit\u00e9 en dehors des rapports de production capitaliste.<\/p>\n<p>Arr\u00eatons de croire \u00e0 la promotion sociale par le travail, l&rsquo;\u00e9cole ou la culture. G\u00e9rons tout nous-m\u00eames !<br \/>\n&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<br \/>\n1. Judith Carreras, Carlos Sevilla, Miguel Urban, \u20acuro-Universidad. Mytho y realidad del proceso de Bologna, Icaria, Madrid, 2006.<br \/>\n2. Guy Debord, \u0152uvres, Quarto, Gallimard, 2006, p. 733.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La mobilisation contre la LRU a \u00e9t\u00e9 bien moins importante que celle contre le CPE ; les \u00e9tudiants ont \u00e9t\u00e9 quasi absents durant le conflit des retraites. A partir de ces deux observations, les r\u00e9ponses se trouvent dans la mutation lente mais continue de l&rsquo;Universit\u00e9. 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